16 septembre 2015

« Il faut créer une nouvelle BBC à la française, plurimédias et indépendante du pouvoir » – mon interview dans Le Figaro

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Dans le Figaro du 15 septembre, je propose un projet neuf pour l’audiovisuel public.

LE FIGARO. – Le gouvernement a décidé de repousser la réforme de la redevance. La droite au pouvoir, n’avait pas osé la faire. Pourquoi les politiques ont-ils peur de s’attaquer à ce problème ?

Franck RIESTER. – Il faut le reconnaître, en 2009, nous avons fait qu’une demi-réforme sur le financement de l’audiovisuel public. Il aurait fallu aller jusqu’au bout et instaurer la suppression progressive de la toute publicité sur France Télévisions et, en même temps, réformer la redevance pour assurer un financement pérenne. Je pense que tout le monde doit payer la redevance comme c’est le cas en Allemagne. Aujourd’hui, notre responsabilité est de préparer un projet neuf pour l’audiovisuel public. Cela fait plus de 10 ans que les gouvernements successifs reculent sur une réforme ambitieuse.

Vous voulez instaurer une BBC à la française ?

Oui, notre pays doit se doter d’un audiovisuel public présent sur tous les médias ; télé, radio et Internet. Si en 1974 il fallait scinder l’ORTF pour casser le lien de dépendance entre le pouvoir politique et les médias publics, aujourd’hui, à l’ère du numérique, il faut rassembler les forces et créer une société commune à l’image de la BBC en rassemblant France Télévisions, Radio France, France Média Monde et même Arte quitte à faire évoluer le traité franco-allemand qui régit cette chaîne.

La contrepartie de la création de ce groupe audiovisuel public multi médias, sera une refonte totale de la gouvernance. Ce groupe devra être géré par un conseil d’administration composé d’une douzaine de personnalités indépendantes nommées pour une longue durée. Ces membres devront représenter l’État, les régions, les corps constitués et les associations de consommateurs. Ce conseil nommera directement le PDG du groupe pour 5 ans renouvelable. Le pouvoir politique et le Parlement définiront les grandes missions et les moyens alloués à ce service public dans un cahier des charges. Le conseil d’administration choisira ensuite un PDG chargé d’appliquer ce cahier des charges.

Quel sera le rôle du CSA ?

Il faut retirer au CSA le pouvoir de nommer le PDG de l’audiovisuel public. Le CSA ne peut pas à la fois être le régulateur du secteur et un acteur majeur de celui-ci en nommant le PDG de l’audiovisuel public. L’indépendance du futur groupe audiovisuel public devra être garantie par le seul conseil d’administration.

Faut-il réduire les moyens du secteur public ?

Le futur groupe audiovisuel public devra faire des économies d’échelle. Il devra notamment mettre en œuvre des synergies au niveau des fonctions supports avec une seule direction des ressources humaines, des finances, de la technique… ou encore rapprocher France 3 et France Bleu pour proposer davantage de contenus de proximité qui sont plébiscités par les Français.

Cela permettra de libérer des moyens qui devront être ensuite concentrés vers les chaînes et antennes (information, production de séries, téléfilms,…). Il faut donner des moyens ambitieux pour l’audiovisuel public. Il n’est donc pas question de réduire le budget de l’ensemble mais au contraire, de maintenir les 3,6 milliards d’euros actuellement alloués aux différentes entités. A terme, l’audiovisuel public devra être financé uniquement par la redevance et la diversification des ressources hors publicité. Et pour cela, il faudra supprimer progressivement toute publicité .

Ce projet va-t-il entraîner une casse sociale ?

Non, pour que le projet réussisse, il faut que les équipes adhèrent au projet. Il ne faut donc pas les déstabiliser. Le nouveau groupe devra redéployer progressivement les personnels pour allouer les moyens en fonction des nouvelles missions et du nouveau projet.

Que pensez-vous du projet de chaîne d’information publique de Delphine Ernotte ?

C’est une très bonne initiative. L’information est une mission essentielle du service public. Aujourd’hui France Télévisions, Radio France et France Média Monde disposent de 4 500 journalistes. C’est une force de frappe considérable à condition de bien coordonner les équipes.

Le gouvernement de Jacques Chirac avait refusé d’accorder une chaîne d’info à France Télévisions dans les années 2000. Pourquoi ?

Ce n’était pas la priorité à l’époque. Le contexte a évolué depuis avec l’explosion du numérique.

 

 

NB: en ce qui concerne la chaîne d’information publique, je ne propose pas de créer une nouvelle chaîne mais plutôt de donner une nouvelle dimension à France 24.